18+

Fiction érotique EXPLICITE réservée aux adultes — scènes sexuellement explicites ; tous les personnages sont majeurs et consentants.

Chapitre 6 — Ce que je vois

Repères
IntensitéNiveau 4 – Cuckolding modéré
RegistreEXPLICITE
CWpartage consenti et jalousie travaillée (cuckolding, cadre négocié), voyeurisme consenti, scènes sexuelles explicites, acte entre une partenaire et un tiers vu et assumé (cadre négocié à trois)
Mention 18+Récit 18+ — personnages adultes et consentants
RomanLe Troisième Couvert — chapitre 6/10
TypeRoman · chapitre 6/10
OrientationHétéro
NarrationPOV
ThèmesCuckolding
Durée de lecture≈ 8 min
Illustration : une porte de chambre entrouverte vue du palier, un fil de lumière chaude au sol, une rampe d'escalier patinée au premier plan, feuillages dorés stylisés en encadrement

Trois doigts de porte, et personne ne dit tu n'entres pas.

Je n'entre pas non plus. Ce qui me tient là, la main sur la poignée tiède, n'est plus la peur : c'est une phrase écrite il y a sept jours de la main de Margaux, sous la mienne, et signée par un homme qui répare des meubles. Personne ne regarde quelqu'un qui n'a pas dit oui à voix haute, ce soir-là, à cette table.

Ce soir-là. Cette table. Nous l'avons écrite samedi dernier ; nous ne l'avons pas jouée ce soir. La page dit ce qu'elle dit, et elle ne dit nulle part une fois pour toutes.

Alors je pousse la porte en grand, les yeux au plafond, ce qui doit être ridicule et m'est complètement égal — et je sais à la seconde que j'ai interrompu quelque chose, parce que le lit cesse de grincer et qu'un va-et-vient s'arrête au milieu d'un aller.

— On descend, je dis. Tous les trois. Maintenant.

Il est onze heures et quart, et nous sommes à la table de la cuisine, à moitié habillés, sous la suspension.

Margaux a remis ma chemise. Gabriel a remis son pantalon et rien d'autre, et il s'assoit à la place du bout comme à une réunion de chantier — le dos droit, les avant-bras sur le bois, la paume ouverte sur la fente réparée. Le troisième couvert est desservi depuis le dîner ; il n'y a plus au milieu de la table que le carnet de relevés et un crayon.

Personne ne trouve ça drôle, et c'est ce qui me frappe le plus.

— La règle est de vous, je dis à Gabriel. Lisez-la-moi.

Il la lit, et sa voix d'atelier ne change pas d'un cheveu pour dire des choses pareilles.

— Personne ne regarde quelqu'un qui n'a pas dit oui à voix haute, ce soir-là, à cette table.

— « Ce soir-là », je répète. C'est samedi dernier. Ce n'est pas ce soir.

— Non, dit-il. Ce n'est pas ce soir.

Il repose le carnet, et il prend une seconde avant d'ajouter ce qu'il ajoute : chez lui, cette seconde-là veut dire qu'il pèse.

— J'ai trente-cinq ans, et j'ai déjà entendu des gens m'expliquer que ce qui avait été permis une fois restait permis. Ça se dit toujours après. Et une permission ne s'ajoute pas ailleurs qu'ici : pas au téléphone jeudi, pas dans un couloir, pas dans un lit. Ici. Alors demande.

Margaux a trente-sept ans, dont douze à ne rien recoudre sans savoir d'abord ce qui a cédé, et je vois à sa mâchoire qu'elle fait exactement ça : elle attend la question. C'est moi qui l'ai interrompue au milieu de sa nuit ; c'est à moi de payer la phrase.

À quarante-deux ans, je n'ai jamais rien demandé de frontal à personne. C'est écrit dans ma façon de m'asseoir, dans ma façon d'accorder, dans quinze ans de portes tenues fermées à deux.

— Margaux. Est-ce que je peux entrer et regarder ?

— Oui.

— Dis-le en entier. Comme il me l'a fait dire, à moi.

Elle pose sa main à plat sur la table, entre nous, paume ouverte — ce geste qu'elle traîne depuis un atelier au fond d'une cour.

— Oui. Ce soir, à cette table : je veux que tu entres, je veux que tu regardes, et je veux te voir regarder. C'est la même chose depuis le début, sauf que ce soir tu seras dans la pièce.

— Gabriel.

— Oui. Ce soir, à cette table. — Un temps. — Et je te dis l'autre moitié, parce qu'elle n'est nulle part sur la page : si tu entres, tu es vu aussi. Je ne joue pas devant quelqu'un que je fais semblant de ne pas voir. Tu entres, tu existes, on te parle. Si ça ne te va pas, reste dehors, et personne ne t'en voudra.

C'est une chose à laquelle je n'ai pas pensé une seule seconde en sept jours.

— Ça me va.

— Dis-le en entier, dit Margaux — et pour la première fois de la soirée, le sourire monte plus haut à gauche.

— Je veux être vu en train de regarder.

Elle tourne son anneau d'un demi-tour, du pouce, sous la suspension, et le petit croissant de peau claire attrape la lumière.

— Amaryllis. Les trois, toujours. Et ça vaut pour celui qui regarde : tu peux tout arrêter, toi aussi, même sans être dedans.

— Amaryllis, dit Gabriel.

— Amaryllis.

Elle remonte le minuteur — le ressort, les cinq tours, le cadran crème — et le laisse au milieu de la table, à côté du carnet.

— Trente minutes. Et il reste en bas ce soir. Je ne veux pas d'un compte à rebours dans la chambre.

Illustration : une chambre à la lumière chaude vue depuis une porte grande ouverte, un grand miroir ancien au cadre doré sur le côté, un fauteuil bas près d'une armoire, rideaux et feuillages stylisés

Nous remontons. Elle devant, Gabriel derrière elle, moi en dernier, et la quatrième marche parle sous trois pieds au lieu d'un.

La chambre, vue depuis la porte, n'est pas ma chambre. C'est la même — la lampe du coin, le miroir de la grand-tante, le drap en désordre à l'endroit exact où je dors —, et c'est une autre pièce, parce que pour la première fois de ma vie j'y entre en sachant que je n'y suis pas attendu comme mari. Margaux monte sur le lit, se retourne, et me désigne du menton le fauteuil bas près de l'armoire.

Je m'assois. Trop bas, trop loin, mal orienté. Je me relève, je traîne le fauteuil de cinquante centimètres sur le parquet avec un bruit affreux, et Gabriel attend en silence que j'aie fini, une main sur la hanche, poli comme devant un déménagement. Margaux rit franchement. C'est le meilleur moment de la soirée et il n'était pas sur la page.

Puis ils reprennent où je les ai arrêtés, et ça ne ressemble à rien de ce que sept jours d'escalier m'avaient fabriqué.

Elle laisse tomber ma chemise au pied du lit et elle est nue sous la lampe, dans notre chambre, et elle me cherche des yeux à la seconde où elle l'est. La bouche de Gabriel travaille sa gorge, puis un téton, longuement, pendant que sa main descend à plat sur le ventre et s'arrête au bord ; elle écarte les cuisses d'un rien pour lui dire d'y aller, et il y va, et son sexe fait un bruit mouillé que j'entends d'ici, à deux mètres, dans le silence d'une maison à minuit.

— Reste où tu es, me dit-elle. Et ne baisse pas les yeux. C'est tout ce que je te demande.

Elle se met à genoux au milieu du lit, tournée vers la porte, vers moi. Gabriel s'installe derrière elle.

Et je vois.

Gabriel est derrière elle, et sa bite est en elle. Voilà. C'est dit, c'est vu, et ça ne fait pas le bruit que j'attendais. Je ne reste pas dessus une seconde de plus : c'est le visage de ma femme que je suis venu chercher, et il est en face de moi, à deux mètres, et il n'a jamais été aussi près.

Ma main trouve l'accoudoir toute seule et s'y ferme.

Ce qui monte n'est pas la corde de basse. Elle est là, elle tient sa note, elle me serre le sternum — mais devant, très au-dessus, il y a ce que je ne sais appeler autrement que de la reconnaissance : ma femme a passé six mois à essayer de commencer une phrase, voilà où la phrase est arrivée, et elle me regarde pendant.

Elle ne quitte pas mes yeux. Pas une fois. Le va-et-vient s'installe derrière elle, régulier, pas pressé, et sa bouche s'ouvre sur ce qu'elle prend ; ses épaules travaillent, et ses yeux restent sur les miens. C'est là, assis dans un fauteuil trop bas, que je comprends ce que j'ai acheté avec une assiette : elle ne joue pas devant moi, elle joue pour moi, et la preuve est qu'elle ne regarde nulle part ailleurs.

Au-dessus de sa clavicule, le petit creux se remplit d'ombre et se vide chaque fois que son corps repart en avant. Je compte les fois où il se remplit. Je ne compte rien d'autre.

— Il est là, dit Gabriel sans s'arrêter. Il te regarde.

— Je sais, dit-elle. Je le vois.

Puis, sans prévenir :

— Arrête. Une seconde.

Le va-et-vient s'arrête net, sans un mot, sans une question — et c'est peut-être ça qui me fait le plus d'effet de la nuit entière : la vitesse à laquelle cet homme s'arrête quand elle le dit.

— Antoine. Approche le fauteuil. Au pied du lit.

Je le traîne encore, et cette fois le bruit ne fait rire personne. Je m'assois à un mètre d'eux. D'ici je vois le drap froissé sous son genou, la marque en creux que ses doigts y laissent, le grain de sa peau à la hanche là où la lampe l'attrape.

— Là, dit-elle. Reprenez.

Trois phrases, et je n'existe plus du tout de la même manière. Je suis dans la pièce, on me parle, on dit il devant moi — et ça ne m'efface pas, ça m'installe.

Ils changent. Elle passe sur le côté, une jambe relevée, et de là elle me voit mieux encore ; le lit grince à l'endroit où il grince depuis quinze ans, et ce bruit-là, dans cette configuration-là, me fait plus d'effet que tout le reste. C'est notre lit, notre grincement, notre nuit de semaine, et il y a trois personnes dedans.

— Antoine.

Sa voix a changé de registre : celui d'en dessous, celui qui ne s'occupe plus de personne.

— Dis-moi ce que tu vois. Comme dans le miroir. Mais cette fois, tu ne racontes pas de mémoire.

Je parle. Mal, encore, à voix basse — et cette fois il n'y a pas de verre entre nous. Je lui dis que le creux au-dessus de sa clavicule se remplit et se vide ; que sa main gauche a lâché le drap et l'a repris deux fois ; que sa chatte tient un rythme qu'elle n'a pas choisi et qu'elle est en train de le reprendre en main. Ma voix tient mieux qu'au miroir : elle a un an de plus et sept jours d'escalier.

Elle jouit là-dessus. Sur la phrase, pas sur le geste — comme la première fois, dans le noir, il y a une vie de ça — et elle jouit les yeux ouverts sur les miens, sans une seconde de fermeture, longuement, la bouche entrouverte sur un son qui n'était jamais sorti d'ici.

— Regarde, dit-elle.

Un temps.

— Regarde.

Plus bas.

— Regarde.

Je regarde. Je n'ai pas bougé du fauteuil, je n'ai pas porté une main sur moi, et je ne l'ai pas décidé : ça s'est trouvé comme ça, et c'est peut-être la seule chose que j'avais à apprendre.

Elle redescend par paliers, longtemps, sans me lâcher des yeux ; son sexe se referme encore par vagues courtes et de plus en plus espacées, et sa main gauche quitte le drap pour chercher à l'aveugle le bord du fauteuil. Elle trouve mon poignet, s'y ferme, et n'en bouge plus. C'est comme ça que la fin se passe : ma femme tenant mon poignet d'une main, et personne dans cette pièce n'a besoin qu'on lui explique où il est.

Gabriel jouit peu après, sans un mot, le front entre ses omoplates, une main ouverte sur le drap et pas sur elle — un homme qui range son établi jusqu'au bout.

Ensuite, il y a un long moment où personne ne parle et où personne ne s'en va. Margaux se retourne sur le dos et tend le bras vers le fauteuil ; je viens m'asseoir au bord du lit, elle met ses pieds froids contre ma cuisse, ce qu'elle fait depuis quinze ans. Gabriel va chercher trois verres d'eau à la salle de bains, et nous buvons tous les trois en silence dans une chambre qui sent le sommeil et l'atelier.

— Ça va ? demande-t-il. Les deux.

— Oui, dit Margaux.

— Oui. Et merci d'avoir dit « il est là ».

— C'est la moindre des choses. — Il repose son verre, ramasse sa chemise. — Je ne dors pas ici.

Margaux remet son anneau à l'endroit, du pouce, devant nous deux. Le croissant pâle disparaît dessous.

— Fermé.

Illustration : deux tasses face à face au matin sur une longue table de chêne, un minuteur de cuisine à cadran crème posé au bout de la table, un carnet ouvert et un crayon au premier plan, ombres de feuillage sur le mur clair

Le dimanche matin, deux tasses, et le minuteur encore sur la table là où elle l'avait laissé.

On se débriefe longtemps. Je dis le fauteuil, le parquet, le ridicule, et qu'il m'a sauvé. Je dis « il est là », et ce que ces trois mots ont fait. Je dis qu'à aucun moment je n'ai voulu prendre la place de personne, que je m'attendais à le vouloir, et que je ne l'ai pas voulu une seconde — que ce n'est pas ça, que ça n'a jamais été ça.

Margaux écoute, les deux mains autour de sa tasse. Puis elle la repose au centre de sa soucoupe, au millimètre, et je connais ce geste : c'est celui qu'elle fait avant les choses difficiles.

— Moi, j'ai eu peur, à un moment, dit-elle.

— De quoi ?

Elle regarde par la fenêtre, du côté de l'amaryllis.

— Pas de lui. De toi.