
« Venez la voir. »
Trois mots reçus un dimanche entre deux tasses, et nous sommes dans la cour pavée avant midi. Margaux n'a pas répondu : elle a mis ses chaussures. Chez elle, c'est une réponse.
La table est couchée sur ses tréteaux, et elle est nue : le vernis a disparu de part et d'autre de la fente, et dessous le bois est clair, presque rose. La fente, elle, loin d'être refermée, a été ouverte davantage.
— Il faut ouvrir pour fermer, dit Gabriel dans notre dos. Ça a l'air d'une bêtise, c'est tout le métier.
Il ne nous serre pas la main, cette fois : il tend un objet à Margaux, au creux de sa paume râpeuse. Un dé à coudre, en os jauni, cabossé sur un bord.
— Il était dans la fente, coincé debout. Vu la couleur du bois autour, il y est depuis très longtemps.
Margaux le prend. Elle a trente-sept ans, dont douze passées à décider ce qui, dans un livre abîmé, doit rester visible, et je la vois dater l'objet entre deux doigts.
— C'est à ma grand-tante. Elle cousait à cette table.
— Elle ne l'a pas perdu, alors. Elle l'a rangé sans le savoir.
Il n'ajoute rien : il pose une phrase et il ne la défend pas. Dix-sept ans que j'accorde des pianos, quarante-deux ans que je vis dans ce corps — je reconnais les gens qui n'ont pas besoin d'être crus.
Margaux repose le dé sur l'établi. Puis elle avance d'un pas et pose sa main à plat sur le bois clair, du côté de la fente qui n'est pas le sien.
Elle ne dit rien. Elle attend — et je sais quoi : elle me l'a raconté un soir, ma paume sur son ventre. Ce jour-là elle n'avait pas fait le geste, et elle avait passé la demi-heure suivante à le savoir.
Gabriel regarde la main. Puis il pose la sienne à côté, à dix centimètres, dans le même sens.
Et cette fois, il ne la retire pas le premier.
Trois secondes. J'ai compté, c'est plus fort que moi. Personne, dans cette remise, ne fait semblant de regarder ailleurs.
— Samedi, dit Margaux sans lever les yeux. Vous dînez à la maison.
— Je viens, dit Gabriel. Je n'arrive jamais les mains vides. Prévenez-moi si c'est un problème.
Dans la voiture, Margaux garde le dé au creux du poing tout le trajet, et ne me demande pas ce que j'en pense.
Samedi, onze heures du matin, Margaux dresse la table pour trois.
La pliante de son atelier, qui tangue quand on la frôle et n'a jamais été faite pour trois : nos deux couverts face à face, et le troisième au bout, là où le plateau s'arrête — l'assiette dépasse dans le vide d'un tiers, en équilibre sur rien.
Pour un dîner à vingt heures. Neuf heures d'avance.
Elle monte se laver, et redescend avec une odeur de savon neuf qu'elle ne sort que les jours de rendez-vous importants. À deux heures, elle apparaît dans l'encadrement de la porte, un fil de reliure autour du poignet.
— Monte.
— Maintenant ?
— Maintenant. Ce soir, il n'y aura plus de place pour ça.
Dans la chambre, la lumière de deux heures passe par la raie du volet et coupe le lit en deux ; la poussière tourne dedans sans se décider. Le lit a été fait ce matin ; quand nous l'ouvrons, le drap est froid en son milieu, ce qui n'arrive jamais le soir.
Elle me déshabille debout, vite, sans le cérémonial du miroir, puis me pousse à m'asseoir au bord du lit et reste devant moi, encore habillée, une main sur chacune de mes épaules.
— Voilà comment on fait. Ce soir, à table, c'est moi qui parle : les règles, le mot, l'anneau, le reste. Toi tu écoutes, et tu peux m'arrêter à n'importe quelle phrase, devant lui, sans t'expliquer.
— Et ici ?
— Ici, c'est l'inverse. Ici, c'est toi qui dictes. Je ne dirai pas un mot ce soir que tu ne m'aies pas donné cet après-midi.
Elle ôte sa chemise d'atelier, la jette, garde le fil au poignet. Elle a une trace de colle séchée sur le poignet droit, une plaque pâle de la taille d'un ongle ; quand elle ferme le poing pour prendre appui sur le matelas, la trace craquelle en petites écailles et se remet en place quand elle ouvre.
— Alors dicte, dit-elle en montant sur moi.
Elle me prend en main, se place, et descend d'un seul mouvement continu, sans s'arrêter au milieu comme elle le fait d'habitude. Son sexe est ouvert et chaud depuis longtemps ; je le sens à ce qu'il ne résiste à rien.
— Depuis quand ?
— Depuis onze heures. Depuis que j'ai posé l'assiette. — Elle prend appui sur mes épaules, se relève de moitié, redescend jusqu'en bas. — Vas-y. Première règle.
Je cherche. C'est difficile, ce qu'elle demande, et c'est difficile pour la raison qu'elle a choisie : le va-et-vient est lent, régulier, et chaque fois que son sexe me reprend jusqu'à la garde, la phrase que je tenais se défait par le milieu.
— Rien ne se décide ce soir, je dis. Tout est décidé avant. S'il propose une chose qui n'est pas sur la liste, la réponse est non. Même si j'en ai envie sur le moment.
— Bien. Deux.
— Tu portes ton anneau tourné dès qu'il entre, et tu le remets à l'endroit devant moi. Je veux voir les deux gestes.
Elle s'arrête net, assise sur mon sexe, sans en lâcher un centimètre. Elle me regarde d'en haut, la bouche asymétrique, le sourire qui monte plus haut à gauche.
— Ça, dit-elle, ce n'est pas une règle. C'est une demande.
— Oui.
— Tu m'en as fait combien en quinze ans ?
— Je ne compte plus.
— Tu comptes tout, Antoine.
Elle repart, plus bas, plus appuyée, et son sexe se referme sur moi à chaque remontée, une fois, deux fois, trois fois, jusqu'à ce que je retrouve ma voix. Sa lèvre du bas est fendue au milieu, un petit sillon sec que le froid de la semaine lui a laissé ; elle passe la langue dessus chaque fois qu'elle va parler, et j'ai fini par savoir, à ce geste, une demi-seconde avant tout le monde, qu'une phrase arrive.
— Trois. Le minuteur monte à l'étage. La dernière fois il a sonné deux étages plus bas, et en retard.
— Enfin, dit-elle. Je te l'ai dit trois fois.
— Quatre. Je ne suis pas dans la pièce.
Le va-et-vient ralentit.
— C'est une règle ou une demande ?
— Une règle.
— Tu es sûr ?
Je ne réponds pas tout de suite, et mon silence dure plus longtemps que je ne voudrais. Le drap-housse lâche son coin dans le mouvement et claque comme une petite voile ; elle jure entre ses dents, se soulève, le remet en tirant dessus d'une main, et se replante sur mon sexe sans quitter mes yeux une seconde, ce qui rend l'interruption plus obscène que le reste.
— Une règle, je redis.
— Pour ce soir. Pas pour toujours. On récrira la page quand tu voudras.
Voilà ce que nous faisons cet après-midi, et je le comprends au moment précis où elle me le fait dire : nous n'écrivons pas des règles, nous répétons. Ce soir, ma voix sortira de sa bouche à elle, devant un homme qui ne saura pas d'où elle vient, et je serai le seul dans la pièce à la reconnaître. Ce n'est pas un droit de regard que j'ai acheté. C'est un droit de dictée.
— Il en manque une, dit Margaux.
— Non.
— Si. Celle que tu veux, toi. Pas ce que tu interdis : ce que tu veux. Sinon je monte à table avec une liste d'interdits et un mari qui a l'air d'un notaire.
Elle s'arrête complètement. Assise, immobile, mon sexe entier au chaud en elle, les paumes sur ma poitrine — et elle attend, avec cette patience de métier qui peut tenir un quart d'heure sur un cahier sous presse.
Je regarde le plafond. Je regarde la raie du volet. Je regarde ma femme.
— Je veux qu'il te voie, je dis. Toute. Je veux qu'il voie ta chatte s'ouvrir pendant que c'est moi que tu regardes.
Le mot sort de ma bouche pour la première fois de ma vie devant elle. Il ne sort pas bien : il sort trop haut, un demi-ton au-dessus du reste de la phrase, comme une corde qu'on a montée d'un quart de tour de trop. Et il agit quand même. Sur elle d'abord — son sexe se referme sur moi d'un coup, une fois, involontairement, et ses ongles courts entrent dans ma poitrine. Sur moi ensuite, une seconde après, par le bas.
— Redis-le, dit-elle, la voix descendue.
— Non.
— Non ?
— Une fois. Le vocabulaire du jeu a deux mots. Tu en as dit un, tu as dit l'autre. Celui-là, c'était mon tour.
Elle rit — deux notes brèves, et le rire s'arrête net quand elle recommence à bouger. Elle repart plus vite qu'avant, et je vois à ses épaules qu'elle a cessé de conduire pour moi.
Le pouls bat dans son cou-de-pied, contre ma cuisse, chaque fois qu'elle prend appui. Le poing droit se ferme sur le drap ; la trace de colle craquelle. L'odeur de savon neuf s'en va, et celle de la colle revient dessous, la vraie, celle qui ne part jamais.
Elle se penche. Elle prend. Elle rend. Elle appuie du talon, se casse le poignet sur mon épaule, ramène tout son poids d'un côté — et cette femme qui parle si peu quand elle jouit lâche enfin une chose contre mon oreille, un mot d'une syllabe qui n'est ni mon prénom ni un autre, et je ne saurai jamais lequel c'était. Je jouis en la tenant par les reins, sans un mot, parce que j'ai dit le mien et qu'il me suffit.
Après, elle reste où elle est, longtemps, le front dans mon cou. La raie du volet a bougé de dix centimètres sur le mur.
— Il est quatre heures, dit-elle. Tu as quatre heures pour changer d'avis. Et tu peux encore changer d'avis à huit heures deux, et pendant le dessert.
— Je sais.
— Redis-le-moi quand même.
— Je peux changer d'avis pendant le dessert.
— Bien. — Elle se lève, cherche sa chemise du pied. — À huit heures, je dirai tes mots. Tu les reconnaîtras.

Gabriel arrive à vingt heures avec une planche.
Pas une bouteille : une planche — cinquante centimètres de hêtre huilé, poncé jusqu'au velours.
— Pour caler la pliante, dit-il en la posant. Elle penche vers la fenêtre de trois millimètres.
Il ne l'avait jamais vue. Il a fabriqué une cale pour une table qu'il n'a pas mesurée : une façon polie de dire qu'il a pensé à cette soirée toute la semaine.
Il s'assoit au bout. À la place du troisième, sur le tabouret, devant l'assiette qui dépasse dans le vide. Trente-cinq ans, m'a-t-il dit la première fois dans la cour — la moitié de son établi.
Nous mangeons. C'est un dîner ; il dure quarante minutes, et je regarde ma femme choisir son moment.
Elle le choisit au fromage, et repose son couteau au centre de son assiette, au millimètre.
— Gabriel. Il faut que je vous dise pourquoi vous êtes là.
L'ébéniste pose sa fourchette. Il ne sourit pas, il ne se redresse pas : il écoute comme il a écouté la table, la première fois.
— Nous avons un jeu, mon mari et moi. Il est écrit. Il tient en ceci : je veux être regardée par lui pendant que je suis avec un autre, et lui veut regarder. Ce n'est pas une crise, personne ne compense rien. C'est une envie qu'on a nommée et qu'on a mise en règles.
Voilà mes mots. Ils ne me font pas l'effet que j'attendais : celui d'entendre sa propre voix dans un enregistrement, avec un timbre qu'on ne se connaissait pas.
— Alors voilà comment ça marche, et rien ne se fera autrement. Un : rien ne se décide ce soir. Tout ce qui peut arriver a été décidé à froid, à cette table, avant que vous entriez. Si vous proposez une chose qui n'est pas sur la liste, la réponse est non — même si j'en ai envie sur le moment.
— Deux : il y a un mot. Un seul. Amaryllis. N'importe lequel de nous trois le dit, tout s'arrête à la seconde, on rallume, personne ne demande pourquoi. Répétez-le.
— Amaryllis, dit Gabriel.
— Encore.
— Amaryllis. — Et, avec un demi-sourire : — C'est la plante sur la fenêtre.
— Elle refleurit chaque hiver et personne n'a jamais besoin de prononcer son nom. C'est pour ça qu'elle a le poste.
Elle lève la main gauche et tourne son alliance d'un demi-tour, du pouce ; sous l'anneau déplacé, le petit croissant de peau claire apparaît.
— Trois : quand elle est comme ça, le jeu est ouvert. Quand je la remets à l'endroit, il est fermé — pour tout le monde, tout de suite, sans discussion. C'est le seul objet de cette maison qui ne se discute pas.
— Quatre : il y a un minuteur, monté à l'étage ce soir. Quand il sonne, c'est fini, où qu'on en soit. Une fenêtre, pas une nuit.
— Cinq : jamais deux soirs de suite, et vous ne dormez pas ici.
— Ça, je l'avais dit, glisse Gabriel.
— Je le redis. Ce qui n'est pas dit à cette table n'existe pas.
Elle se tourne vers moi. Une seconde, pas plus.
— Six : Antoine ne sera pas dans la pièce. Il sera dans l'escalier. Il entendra tout.
Et c'est là que Gabriel bouge pour la première fois. Il se cale en arrière, croise les avant-bras sur la table, et il me regarde, moi. Pas elle.
— Alors il entend tout, dit-il. Je ne joue pas à cache-cache : je veux savoir où sont les gens, et qu'ils sachent où je suis. — Un temps. — Ça vous va, à vous ?
— Ça me va.
— Dites-le en entier. Elle vient de me faire répéter un mot deux fois ; je peux bien vous demander une phrase.
Je sens Margaux qui ne respire plus à côté de moi.
— Je serai dans l'escalier, je dis. J'entendrai tout. Je le veux.
— Bien. — Il décroise les bras. — Alors à mon tour, parce que j'ai une règle et qu'elle n'est pas dans votre liste. Rien en secret. Jamais. Pas un message, pas une envie, pas un doute qui ne passe pas par les trois. Si l'un de vous deux me dit un jour une chose que l'autre ignore, je m'en vais le soir même. Ce n'est pas de la morale : je répare des meubles, je sais ce que fait une fente qu'on cache.
— C'est écrit chez nous aussi, dit Margaux.
— Alors c'est écrit deux fois. — Il ajoute, plus bas, en regardant le bord de la table : — Et une dernière. Je ne suis pas un outil. Si un soir je sers à quelque chose au lieu d'être quelqu'un, je le dirai, et ce sera fini. Sans rancune.
Margaux hoche la tête, de ce mouvement du menton qu'elle a quand une couture tient.
— Alors la question. Elle se pose toujours, et c'est toujours une question.
Elle regarde l'assiette qui dépasse dans le vide.
— On dresse trois couverts ?
— Ils sont dressés, dit Gabriel.
— Je sais. Répondez quand même.
— Oui.
Elle se lève, contourne la table que la cale empêche de tanguer, et s'arrête devant lui.
— Je préviens de tout. Je vais vous embrasser. C'est la seule chose de la liste ce soir, et il n'y en aura pas d'autre. Vous pouvez dire non.
— Je ne dis pas non. — Il lève les mains à hauteur de ses épaules, paumes ouvertes, et les laisse là. — Je demande toujours avant de toucher. Je ne touche pas.
— Vous pouvez toucher les épaules.
Alors elle se penche.
Je suis à trois pas, assis, et je vois tout. Elle prend le col de sa chemise à deux doigts, tire d'un centimètre — juste pour lui dire de venir. Il vient. Elle incline la tête. Sa bouche s'ouvre avant de toucher.
Puis ça bouge, et c'est ça que je n'avais pas prévu : ce n'est pas une image, c'est une mécanique. Les mâchoires travaillent. Le menton d'elle monte, redescend, remonte plus haut. Ses doigts lâchent le col, glissent le long du cou, s'arrêtent sous l'oreille — là où il y a trois grains de beauté que cet homme ne sait pas encore compter. Les paumes de Gabriel se posent sur ses épaules, comme convenu, et ne bougent pas d'un millimètre ; je vois les tendons de ses avant-bras travailler à les tenir où on les a mises. Il tremble un peu. Ça me frappe plus que le reste.
Elle rompt, revient, reprend deux fois plus court. La troisième fois, c'est lui qui incline la tête, et elle le laisse faire — et c'est la première chose de la soirée qui n'a pas été décidée à froid. Un demi-degré d'angle. Il n'était pas sur la liste.
Sous mes côtes, la corde de basse prend toute la place d'un coup, jusqu'à la nausée. Et par-dessus, dans le même dixième de seconde, l'autre note monte, claire, insupportablement juste. Les deux sonnent ensemble et ne s'annulent pas : elles font un accord, l'accord est beau, et je serre le bord de la table à m'en faire mal au pouce.
Je n'ai pas dit le mot. J'ai eu tout le temps de le dire. Je n'ai pas voulu.
Margaux se redresse, la bouche défaite, les yeux sur moi. Sur moi — depuis quand ? Je crois qu'elle ne l'a pas quitté des yeux une seconde, et qu'elle ne m'a pas quitté des yeux non plus, sans que je sache comment.
Le minuteur sonne à l'étage. Nous l'entendons tous les trois, très fort, parfaitement à l'heure.
— Vingt minutes, dit-elle. C'est fini.
Gabriel se lève et remet son tabouret bien droit sous la table, en homme qui laisse un atelier propre.
— Je vous ramène la vôtre jeudi ou vendredi, dit-il à la porte, du ton du chantier. Elle est d'aplomb. Il lui reste à sécher.
Et il s'en va, et il ne reste pas dormir, et personne n'a eu besoin de le lui rappeler.

Le dimanche matin, deux tasses. La règle trois, dans les formes.
Margaux veut d'abord la corde de basse : combien de temps elle a tenu, si elle a joué seule. Je réponds honnêtement — elle a pris toute la place pendant trois secondes, au demi-degré d'angle, celui qui n'était pas sur la liste ; et non, elle n'a pas joué seule.
— Le demi-degré, dit Margaux. Je l'ai senti aussi. Il n'était pas décidé. Il faudra en parler à trois — pas pour l'interdire : pour savoir ce qu'on en fait.
Elle me dit ce que je n'ai pas vu : qu'elle a eu envie de déplacer elle-même les mains de Gabriel, et ne l'a pas fait, parce que ce n'était pas sur la liste non plus. Les listes marchent dans les deux sens.
— La question, c'est samedi prochain. Et samedi prochain, ce n'est pas un baiser.
Elle repose sa tasse dans sa soucoupe, au millimètre.
C'est là que je le vois. Sur sa main gauche, l'alliance est encore à l'envers : la pierre regarde la paume, le petit croissant de peau claire est dehors, et il y est resté toute la nuit.
— Tu ne l'as pas remise, je dis.
Margaux regarde son anneau. Elle le regarde longtemps, du même œil qu'elle pose sur une couture dont elle n'est pas encore sûre. Puis elle referme la main autour de la tasse chaude, et la trace de colle craquelle en petites écailles sur son poignet.
— Non, dit-elle. Pas encore.