18+

Fiction érotique EXPLICITE réservée aux adultes — scènes sexuellement explicites ; tous les personnages sont majeurs et consentants.

La deuxième lune

Repères
Intensité4/5 — Futanari intense
RegistreEXPLICITE
CWscènes sexuellement explicites, transformation corporelle, sexe oral, pénétration, dirty talk
Mention 18+Récit 18+ — personnages adultes et consentants
GenreHentai / futanari
NarrationPOV Femme
Durée de lecture≈ 9 min
Illustration : dans un salon de nuit aux murs émeraude, deux femmes de part et d'autre d'une table basse où fument une théière et deux tasses, la main de l'une suspendue au-dessus d'une tasse, et par la fenêtre ouverte deux lunes dans le même ciel — l'une blanche, l'autre cuivrée

Sel prépare le thé des soirs de guet, celui qui sent la cannelle et autre chose que tu n'as jamais su nommer, et tu comprends que le ciel va faire des siennes avant même de lever les yeux : elle a ouvert les deux battants de la fenêtre en plein novembre.

— Ce soir, dit-elle sans se retourner. Tu voudras peut-être aller dormir chez ta sœur.

Tu ne vas jamais dormir chez ta sœur. Tu as trente-quatre ans, un métier d'illustratrice qui te permet de travailler en pyjama, et depuis six mois une colocataire tombée d'un autre monde — c'est la formulation du bail que vous avez fini par adopter en riant, parce que « réfugiée d'Ailleurs » sonnait administratif et que « femme apparue une nuit d'orage dans la cage d'escalier » ne tenait pas dans la case.

Elle s'appelle Sel. Elle a cent neuf ans à son compte, l'air d'en avoir trente-cinq, et une façon de regarder les objets de ton monde — le grille-pain, les parapluies, toi — avec une attention qui te chauffe la peau. Chez elle, dit-elle, les corps suivent d'autres règles. Elle n'a jamais précisé lesquelles. Tu n'as jamais osé demander.

Ce que tu oses, c'est le carnet. Depuis des semaines, tu la dessines quand elle ne regarde pas : Sel de dos à la fenêtre, les mains de Sel autour d'une tasse, la ligne de sa nuque quand elle relève ses cheveux. Le carnet vit dans le tiroir de ta table à dessin, sous les factures, fermé par un élastique. Tu dessines des couvertures de romans pour gagner ta vie, des amants d'encre qui se regardent sans se toucher — tu sais mieux que personne l'art de suspendre un geste juste avant qu'il aboutisse. Tu ne pensais pas l'appliquer à ta propre cuisine.

Il y a trois semaines pourtant, elle s'est penchée pour attraper le sel — le vrai — et son visage est passé si près du tien que tu as senti la cannelle de son haleine. Elle n'a pas bougé. C'est toi qui as reculé, et tu t'en veux encore, chaque soir, à la même heure.

Il y a dix jours, rebelote : un orage a coupé le courant, vous avez fini la soirée aux bougies, et quand elle t'a pris le poignet pour examiner la brûlure que tu venais de te faire à la casserole, son pouce est resté posé sur ton pouls trois secondes de trop. Trois secondes, tu les as comptées. Puis elle a dit « pommade », et la vie a repris son cours réglementaire, et tu as dessiné son pouce de mémoire jusqu'à deux heures du matin.

— Qu'est-ce qui se passe, ce soir ? demandes-tu.

Elle se retourne enfin. Derrière elle, au-dessus des toits, la lune que tu connais est déjà levée. Et à côté, plus basse, plus lente, il y en a une seconde — cuivrée, un peu trop grande, pas d'ici.

— Ma lune traverse, dit Sel. Ça arrive une nuit par mois, quand les mondes se frôlent. La lumière porte nos règles avec elle. Si elle te touche, ton corps en apprendra une. Jusqu'à l'aube, pas plus.

— Laquelle ?

— Chez nous, le désir se voit. Le corps le montre, il le porte, il le construit. — Elle cherche ses mots, ce qu'elle ne fait jamais. — Si tu restes dans cette lumière ce soir, ton corps se donnera de quoi désirer autrement. Un sexe de plus, pas un de moins. Ça surprend. Ça ne fait pas mal. Et j'ai une tisane qui bloque tout : tu la bois, tu dors, demain rien n'a eu lieu. Tu choisis, et tu peux choisir la tisane à n'importe quel moment de la nuit. Tu dis « reviens », et je te rends ton corps dans l'heure.

Elle pose la théière entre vous, deux tasses, celle de la cannelle et l'autre. Elle ne te touche pas. Elle attend, les mains ouvertes sur la table, et la lumière cuivrée avance sur le parquet centimètre par centimètre.

Tu penses au carnet dans le tiroir. À toutes ces pages où tu la regardes sans lui dire. Tu penses que tu as trente-quatre ans et que tu recules depuis trois semaines devant une bouche qui sent la cannelle.

— Et toi ? demandes-tu. Cette nuit, tu voudrais quoi ?

— Toi, dit Sel. Depuis le grille-pain du premier matin. Mais pas par surprise, et pas par lune : je te le dis maintenant, pendant que tu peux encore choisir l'autre tasse.

Tu tends la main. Tu prends la tasse à la cannelle. Tu la bois debout, dans la lumière cuivrée, en la regardant dans les yeux.

La chaleur commence aux chevilles, monte le long des mollets, s'installe au creux du ventre. Pas une fièvre : une marée. Tu poses la tasse parce que tes mains tremblent, et Sel sourit sans approcher.

— Premier temps, dit-elle. La lune te lit. Respire.

Tu t'assieds sur l'accoudoir du canapé, les mains à plat sur les cuisses, et tu attends la suite avec la concentration que tu mets d'ordinaire à tracer une première ligne : on ne sait jamais où elle mène, on sait seulement qu'après elle la page n'est plus blanche. Sel s'est adossée au mur, à distance exacte de guet, et ne te quitte pas des yeux.

Le deuxième temps te plie légèrement en avant, une main sur la table. Ce n'est pas une douleur — c'est un poids nouveau, une géométrie qui se réorganise sous la peau, ton sexe qui se prolonge, s'étoffe, se dresse doucement dans le coton du pyjama comme un mot qu'on découvre en le prononçant. Tu ris, un rire de vertige, et le mouvement du rire te traverse autrement, te parcourt sur un trajet qui n'existait pas ce matin.

— Ça va ? demande Sel, et sa voix a baissé d'un ton.

— Je crois. C'est… je le sens. Tout le temps. C'est fort.

— Ça, c'est le troisième temps. Viens voir.

Elle te mène devant le grand miroir de l'entrée, s'écarte, te laisse la place entière. Tu baisses l'élastique du pyjama, et la glace te rend d'abord tout ton connu : tes seins, les mêmes ; la cicatrice d'appendicite, la même ; le ventre, le même — puis, là où tu as toujours vu le pli discret de ton sexe sous sa toison châtain, il y a une bite. Une vraie. Grosse, longue, à moitié dure déjà, posée au-dessus de ton sexe de femme qui n'a pas disparu — les deux ensemble, la règle de chez elle superposée à la tienne. Tu la regardes se dresser dans le miroir à mesure que tu la regardes, épaissir de se savoir regardée, et le mot te vient tout seul, silencieux et énorme : c'est ma bite. Ce n'est pas un costume. C'est toi, version cette nuit.

— Je peux regarder aussi ? demande Sel depuis le seuil.

— Regarde.

Elle regarde. Elle prend son temps, du visage au ventre, du ventre plus bas, et sous son regard ta bite achève de durcir, se dresse tout à fait, obscène et neuve dans la lumière cuivrée — et tu découvres que d'être vue te fait cet effet-là, mesurable, impossible à cacher, et que tu aimes ne pas pouvoir le cacher.

— Ta chambre, dis-tu. S'il te plaît.

— Demande-le mieux.

— Sel. Emmène-moi dans ta chambre et apprends-moi mon corps.

Illustration : dans un couloir sombre baigné d'une lumière cuivrée, une femme en pyjama face à un grand miroir doré, une femme plus grande derrière elle la main suspendue près de son épaule sans la toucher, leurs regards qui se croisent dans le reflet

Sa chambre est sous la fenêtre au ciel double, et la lumière cuivrée tombe en travers du lit. Sel se déshabille sans hâte, robe puis reste, et tu la vois nue pour la première fois : cent neuf ans portés par une peau tranquille, des épaules rondes, un ventre doux. Elle s'agenouille sur le matelas et te tend la main.

— Règle d'ici, dit-elle. Tu dis ce que tu veux. Tout haut. Le corps montre, la bouche confirme. Et si tu veux arrêter, tu connais le mot.

— Reviens.

— C'est ça. Garde-le quelque part et oublie-le. — Elle t'attire par la main. — Alors ?

— Ta bouche, dis-tu, et ta propre audace t'électrise. Ta bouche d'abord. Je veux savoir ce que ça fait.

Elle t'allonge en travers de la lumière. Sa paume descend de ton sternum à ton ventre, contourne ta bite sans la prendre, une fois, deux fois, jusqu'à ce que tu grognes de frustration — et c'est ce son qu'elle attendait, tu le vois à son sourire. Ses doigts se referment enfin autour de ta bite, et le monde se réduit à cette poigne chaude et à la stupeur : c'est là que tu vis, maintenant, dans cette longueur de nouveauté que sa main apprend par cœur.

— Regarde-moi faire, dit-elle. Cette nuit ne reviendra pas avant un mois. Je ne veux pas que tu en perdes une image.

Tu te redresses sur les coudes. Tu regardes sa bouche descendre, ses lèvres s'ouvrir, te prendre — et la sensation te cambre si fort que le lit cogne le mur. C'est une chaleur enveloppante et précise à la fois, sa langue qui dessine des cercles sur une peau qui n'a qu'une heure de souvenirs et qui les enregistre tous. Elle remonte, redescend, s'arrête pour parler tout bas au bas de ton ventre :

— Ta bite a le goût d'une pêche chauffée au soleil. Je le savais.

— Tu ne pouvais pas le savoir.

— Je le dessinais dans ma tête. Comme toi dans ton carnet.

Tu te figes une seconde — le tiroir, l'élastique, découverte —, mais sa bouche te reprend et la honte n'a aucune chance : elle fond dans la chaleur, remplacée par un aveu plus simple. Elle sait. Elle a toujours su. Elle continue, plus profond, une main à plat sur ta hanche, jamais appuyée, juste posée, et tu sens monter une vague qui ne ressemble à rien de cartographié — plus frontale, plus impatiente, presque brutale de simplicité.

— Doucement, dis-tu, et elle ralentit aussitôt, passe à des allers lents qui étirent la montée sans la rompre. Tu apprends ta bite en direct : là, sous la couronne, un point qui te fait voir la lune en double ; là, à la base, une pression qui apaise ; et cette étrangeté merveilleuse d'être à la fois l'illustratrice et le modèle, celle qui découvre et celle qu'on étudie. Sur la peau tendue, sa salive prend la lumière cuivrée — un vernis de cuivre, dirait ton métier, un rehaut posé au pinceau.

Tu tends la main, trouves son sein, son ventre, descends — elle est trempée, brûlante, et elle gémit autour de toi quand tes doigts la trouvent. Pendant un long moment vous restez ainsi, elle sur toi, toi en elle par les doigts, un circuit fermé qui monte des deux côtés à la fois.

— Attends, souffles-tu. Pas encore. Pas comme ça, pas la première.

Elle relâche aussitôt, remonte le long de ton corps, s'allonge sur toi de tout son poids tiède.

— Dis-moi.

— En toi. Je veux jouir en toi, je veux savoir ça.

— Alors viens savoir.

Elle roule sur le dos, t'installe entre ses cuisses, guide ta bite de sa main sûre jusqu'à son entrée, et s'arrête là, les yeux dans les tiens.

— Toujours oui ?

— Toujours oui.

Tu pousses. Elle t'accueille centimètre par centimètre, brûlante, étroite puis ouverte, et la sensation te traverse si entière que tu poses le front au creux de son épaule pour ne pas crier tout de suite. Être dedans. Être celle qui est dedans. Ton bassin trouve le mouvement tout seul, hésitant d'abord, un temps de retard sur son bassin à elle, puis vos deux rythmes s'accordent et le lit reprend sa conversation avec le mur.

— Plus fort, dit Sel. Tu ne me casseras pas. J'ai cent neuf ans, j'ai survécu à pire que le désir d'une illustratrice.

Tu ris dans son cou, et le rire devient coup de reins, et son gémissement monte d'un ton. La chambre sent la cannelle et la cire chaude, la lumière cuivrée vous peint toutes les deux, et dans le miroir de son armoire tu aperçois vos corps — le tien qui donne, le sien qui se cambre — et cette image te fait l'effet d'une main de plus.

— Sel. Je vais…

— Oui. Viens. Et regarde-moi pendant.

Tu la regardes. Tu jouis en la regardant, par longues secousses qui te vident et te remplissent en même temps, un plaisir frontal, projeté, qui n'annule pas l'autre — car sous celui-là tu sens toujours ton plaisir de toujours, plus profond, en écho, deux instruments dans la même main. Elle te serre en dedans, accompagne chaque vague d'une pression des cuisses, puis glisse une main entre vos ventres, se caresse à toucher la base de ta bite, et jouit à son tour, le dos arqué, ton prénom en deux syllabes cassées.

Vous restez emboîtées le temps que les respirations redescendent. Elle te garde en elle jusqu'au bout du possible, puis te libère avec un soupir de regret comique. Elle se lève, revient avec un verre d'eau qu'elle te fait boire en premier, remonte la couette sur vous deux, et cale ta tête au creux de son bras avec l'autorité tranquille d'une femme qui a eu un siècle pour apprendre l'après.

— Verdict ? demande-t-elle.

— Je comprends mieux ton monde.

— Mon monde est très fier de toi. — Elle embrasse ta tempe. — Dors. Je garde la lune à l'œil.

L'aube arrive par la même fenêtre, blanche, ordinaire, une seule lune évanouie dans le jour. Le retour te prend pendant que tu somnoles : la même marée, à rebours, un poids qui se replie, une géométrie qui se range. Tu passes la main sous le drap : toi d'avant, au complet. Il te reste une courbature inédite au creux des reins et une mémoire entière, intacte, qui te fait rougir toute seule.

Sel n'est plus dans le lit. Elle est à ta table à dessin, dans ton peignoir, les doigts noirs de fusain. Devant elle, ouvert, le carnet à l'élastique.

— J'aurais dû demander, dit-elle sans se défendre. Mais tu dormais si bien.

Elle tourne le carnet vers toi. Après tes trente pages de Sel volées — Sel à la fenêtre, Sel et la tasse, la nuque de Sel —, il y a une page nouvelle, d'une main plus anguleuse que la tienne : toi, endormie en travers de la lumière, les cheveux en désordre et le drap aux hanches, dessinée par elle avec l'application de ceux qui regardent depuis longtemps.

— La prochaine deuxième lune est dans un mois, dit-elle en reposant le fusain sur la vitre de la table. D'ici là, il faudra bien remplir les pages autrement.

Tu prends le fusain. Il est encore chaud de sa main.

Illustration : au matin dans un atelier clair, une femme aux doigts noirs de fusain, en peignoir doré, retourne un carnet de croquis sur la table à dessin vers sa compagne drapée dans un drap qui rit en attrapant le bâton de fusain, deux tasses fumantes près de la fenêtre