Consentement numérique : sextos et photos intimes, se protéger sans se priver

10 min de lectureRubrique :Conseils SexoÉtiquettes :Consentement sexuelCouple
Téléphone retourné et clé dorée — consentement numérique : l'image intime reste sous ta clé

Le consentement numérique, c'est le même consentement que partout ailleurs — appliqué aux messages, aux photos et aux vidéos. Et il tient en une phrase que trop peu de gens connaissent : accepter qu'une image existe n'est pas accepter qu'elle circule. Envoyer un sexto à quelqu'un en qui tu as confiance n'est ni une faute, ni une naïveté : c'est une pratique intime comme une autre, qui se protège. Voici ce que dit la loi française, les réflexes qui réduisent les risques, et la marche à suivre, dans l'ordre, si tes images circulent sans ton accord.

En bref : en France, diffuser une image intime de quelqu'un sans son accord est un délit — même si la photo avait été prise ou envoyée avec son consentement (article 226-2-1 du code pénal : 2 ans de prison, 60 000 € d'amende). Le chantage aux images intimes, la sextorsion, est puni jusqu'à 7 ans quand il passe par internet. Si tes images circulent : preuves d'abord, signalement ensuite, et des outils concrets existent — StopNCII pour bloquer la rediffusion, PHAROS pour signaler, le 3018 pour les jeunes. Tu peux porter plainte même si tu avais envoyé l'image toi-même : c'est la diffusion qui est punie, jamais la confiance.

Repères
Le sujetConsentement numérique : sextos, partage d'images — ce que dit la loi, comment se protéger
La rubriqueConseils sexoConsentement
Pour quiToute personne qui envoie, reçoit ou redoute de voir circuler des images intimes
Le principeConsentir à l'image n'est pas consentir à sa diffusion — et la victime n'a jamais commis de faute
Ce que tu ne trouveras pas iciAucune leçon de morale, aucun conseil juridique individualisé
PublicationAoût 2026 — le consentement sexuel, les bases

Le principe qui change tout : l'image n'est pas la diffusion

Tout le droit français du consentement numérique repose sur une distinction simple : le consentement est spécifique. Dire oui à une photo, c'est dire oui à cette photo, pour cette personne, dans ce cadre — pas oui à sa conservation éternelle, pas oui à son partage. C'est la logique de la définition légale du consentement posée par la loi du 6 novembre 2025 (« libre et éclairé, spécifique, préalable et révocable »), et elle vaut en ligne comme hors ligne — on la détaille dans notre article sur le consentement dans le couple.

  1. Ce que dit la loi française, texte par texte

    La situationLe texteLa peine
    Diffuser une image à caractère sexuel sans l'accord de la personne — y compris si l'image avait été prise ou envoyée avec son accordArt. 226-2-1 du code pénal (loi République numérique, 2016)2 ans de prison, 60 000 € d'amende
    Capter ou enregistrer des images ou paroles sexuelles sans accordArt. 226-1 et 226-2, portés au même niveau par le 226-2-12 ans, 60 000 €
    Chantage aux images intimes (sextorsion)Art. 312-10, renforcé par la loi SREN du 21 mai 20245 ans, 75 000 € — portés à 7 ans et 100 000 € en ligne
    Publier ou partager un deepfake à caractère sexuel sans consentementArt. 226-8-1 (loi SREN)2 ans, 60 000 € — 3 ans, 75 000 € si diffusion en ligne

    Deux repères complètent ce tableau. La majorité sexuelle est fixée à 15 ans en France (18 ans en cas d'inceste) : en dessous, aucun « consentement » n'est opposable à un adulte. Et toute image intime d'un ou d'une mineure relève de la pédopornographie — y compris entre adolescents : un sexto reçu d'un·e mineur·e ne se garde pas et ne se transfère jamais, il se supprime et se signale.

  2. « J'avais accepté la photo » : pourquoi tu peux quand même porter plainte

    On appelle souvent cette diffusion « revenge porn ». Le terme est doublement trompeur — il n'y a ni vengeance légitime, ni porno : il y a un délit, et une victime. C'est le point que le droit a compris avant beaucoup de monde : la confiance n'est pas une renonciation. L'article 226-2-1 vise expressément le cas où l'image a été captée ou transmise avec l'accord de la personne — c'est sa diffusion qui doit être consentie, et elle ne l'était pas. Concrètement : avoir envoyé un sexto ne te retire aucun droit. La faute est entièrement du côté de qui diffuse, et la plainte est possible dans tous les cas. Si une phrase de cet article doit rester, c'est celle-là.

Vidéo : « "Ça me poursuit partout": le fléau des photos intimes de femmes partagées en ligne sans consentement » — TF1 INFO, reportage d'Esther Lefebvre, Mathis Fleuret et Guillaume Chièze, 26 septembre 2025 (3 min 23)

Envoyer des sextos : les réflexes qui protègent

Cadenas doré sur une enveloppe — les réflexes qui protègent un sexto

Se protéger n'est pas se méfier de son ou sa partenaire : c'est réduire ce qu'une fuite — un vol de téléphone, un compte piraté, une rupture qui tourne mal — pourrait coûter. Trente secondes de réflexes suffisent.

  1. Avant d'envoyer : ce qui se règle en trente secondes

    Le premier réflexe est sourcé par Cybermalveillance.gouv.fr, le dispositif national d'assistance : ne pas montrer son visage ni de signes distinctifs (tatouage, cicatrice, bijou reconnaissable, décor identifiable) dans un contenu intime. Une image non identifiable perd l'essentiel de son pouvoir de nuisance.

    Les suivants relèvent du bon sens numérique — aucune norme officielle ne les liste, on les assume comme tels :

    • Couper la géolocalisation des photos (les métadonnées d'une image peuvent embarquer le lieu de prise de vue).
    • Vérifier la sauvegarde automatique : un sexto qui part dans le cloud familial partagé n'est plus un message privé.
    • Préférer une messagerie chiffrée, idéalement avec messages éphémères — en sachant qu'une capture d'écran reste toujours possible : l'éphémère réduit le risque, il ne l'annule pas.
    • Demander avant, pas après : un sexto non sollicité n'est pas un cadeau, c'est une intrusion. L'accord vaut dans les deux sens.
  2. Ce qu'on ne fait jamais avec le sexto d'autrui

    La règle miroir, aussi importante : une image intime reçue est un dépôt de confiance, pas un bien. On ne la montre pas « juste à un ami », on ne la transfère pas, on ne la garde pas après une rupture si l'autre demande sa suppression. Montrer l'écran à un tiers n'est pas anodin ; transférer le fichier est un délit. Et si l'expéditeur est mineur, la règle est absolue : suppression et signalement, jamais de conservation.

Sextorsion : ne pas payer, ne pas répondre

La sextorsion, c'est le chantage : quelqu'un détient — ou prétend détenir — des images intimes de toi et exige de l'argent, d'autres images ou un acte, sous menace de diffusion. Depuis la loi SREN du 21 mai 2024, ce chantage est aggravé quand il est commis en ligne au moyen d'images à caractère sexuel ou pour en obtenir : jusqu'à 7 ans de prison et 100 000 € d'amende.

Le phénomène est massif chez les plus jeunes : le 3018, la ligne nationale contre les violences numériques, a reçu environ 124 500 sollicitations en 2025 ; près d'un signalement sur quatre concernait des infractions sexuelles sur mineurs, et plus d'un tiers de ces situations relevait de la sextorsion — dont plus d'un quart impliquant désormais des images fabriquées par IA. Un quart des victimes avait moins de 11 ans.

Face à un chantage, les consignes de Cybermalveillance.gouv.fr tiennent en une ligne : ne pas payer, ne pas répondre, ne rien supprimer. Payer ne fait jamais cesser le chantage — ça confirme que tu paies. La suite est la même que pour toute diffusion : preuves, blocage, signalement, plainte — c'est la marche à suivre ci-dessous.

Tes images circulent : la marche à suivre, dans l'ordre

Sept jetons en escalier — la marche à suivre en cas de diffusion d'images intimes

D'abord, une phrase à lire deux fois si tu es concerné·e : tu n'as rien fait de mal. La honte appartient à qui diffuse, pas à qui a fait confiance. Ensuite, l'ordre des étapes compte — la première protège toutes les autres.

1. Les preuves d'abord. Captures d'écran datées, adresses des pages, pseudo ou identifiants du diffuseur — avant toute demande de suppression, sinon la preuve disparaît avec l'image.

2. Signaler à la plateforme où l'image circule (elles ont l'obligation de traiter les demandes de retrait), et signaler les contenus publics illicites sur internet-signalement.gouv.fr, la plateforme PHAROS de la police et de la gendarmerie.

3. Bloquer la rediffusion avec StopNCII (adultes, 18 ans et plus) : l'outil calcule une empreinte numérique de ton image directement sur ton appareil — l'image elle-même n'est jamais envoyée — et cette empreinte permet aux plateformes partenaires (Meta, TikTok, Bumble, Reddit, OnlyFans…) de bloquer les tentatives de publication. Le service revendique plus de 90 % de retraits et plus de 200 000 images retirées. Limite honnête : il agit chez ses partenaires, pas sur tout le web.

4. Jeune, ou parent d'un·e jeune : le 3018. C'est le service national pour les jeunes victimes de violences numériques et leurs parents — gratuit, anonyme, 7 jours sur 7 de 9h à 23h, par téléphone, tchat ou WhatsApp ; signaleur de confiance, il peut saisir les plateformes pour un retrait accéléré. Pour un public adulte, les bons interlocuteurs restent Cybermalveillance, StopNCII et la plainte.

5. Se faire accompagner : l'association Stop Fisha aide les victimes de cybersexisme, à tout âge, pour le retrait comme pour la suite.

6. Porter plainte — commissariat, gendarmerie, ou courrier au procureur — sur le fondement du 226-2-1 (diffusion) ou du 312-10 (chantage) selon le cas. Rappel : la plainte est possible même si tu avais toi-même envoyé l'image. Pour une stratégie personnelle, un avocat est le bon réflexe.

7. Demander le déréférencement aux moteurs de recherche (Google, Bing) pour que les contenus n'apparaissent plus dans les résultats associés à ton nom.

Deepfakes : quand l'image n'a même pas existé

Dernier terrain, en un mot, parce qu'il progresse vite : il n'est plus nécessaire qu'une image ait été prise pour qu'elle circule. Les montages sexuels générés par IA — les deepfakes — sont entrés dans le code pénal avec la loi SREN : l'article 226-8-1 punit la publication ou le partage d'un deepfake à caractère sexuel non consenti de 2 ans de prison et 60 000 € d'amende, portés à 3 ans et 75 000 € en cas de diffusion en ligne. Plus d'un quart des sextorsions signalées au 3018 impliquent déjà l'IA. La marche à suivre est la même que ci-dessus — preuves, signalement, plainte —, et pour comprendre le phénomène en profondeur, notre état des lieux du porno généré par IA le traite en entier.

FAQ — consentement numérique

Envoyer des sextos entre adultes consentants, est-ce légal ?

Oui, totalement. Entre adultes, avec l'accord de chacun, s'envoyer des messages ou des images intimes est une pratique privée que la loi n'interdit pas. Ce que la loi punit, c'est ce qui se fait sans accord : capter, enregistrer ou diffuser une image intime sans le consentement de la personne.

Que risque une personne qui diffuse une photo intime sans accord ?

Deux ans de prison et 60 000 € d'amende (article 226-2-1 du code pénal), que l'image ait été volée ou envoyée volontairement : c'est la diffusion sans accord qui constitue le délit. Si la diffusion s'accompagne d'un chantage, on passe sur le terrain de la sextorsion, punie jusqu'à 7 ans et 100 000 € quand elle est commise en ligne.

Peut-on porter plainte si on avait soi-même envoyé la photo ?

Oui, sans aucune restriction. Le consentement à l'envoi ne vaut pas consentement à la diffusion : l'article 226-2-1 vise précisément le cas d'une image transmise avec accord puis diffusée sans. Avoir fait confiance n'est pas une faute et ne retire aucun droit.

On me menace de publier mes images : est-ce que je paie ?

Non — ne pas payer, ne pas répondre, ne rien supprimer. Payer ne fait pas cesser le chantage. Bloque le compte, conserve toutes les preuves (captures datées, identifiants), signale à la plateforme et sur PHAROS, et porte plainte : la sextorsion en ligne est punie jusqu'à 7 ans de prison. Si tu es jeune — ou parent —, le 3018 t'accompagne gratuitement, 7j/7.

StopNCII, comment ça marche exactement ?

Tu sélectionnes l'image ou la vidéo sur ton appareil ; l'outil en calcule une empreinte numérique (un hash) localement — le fichier ne quitte jamais ton téléphone ou ton ordinateur. Cette empreinte est partagée avec les plateformes partenaires (Meta, TikTok, Bumble, Reddit, OnlyFans…), qui bloquent les publications correspondantes. C'est un service pour adultes (18+), efficace chez ses partenaires — mais ce n'est pas un effacement garanti de tout internet.

Un·e mineur·e m'a envoyé un sexto : qu'est-ce que je fais ?

On ne le garde pas, on ne le transfère pas, on ne le montre pas : toute image intime d'un·e mineur·e relève de la pédopornographie, y compris entre adolescents. La seule conduite : supprimer, et signaler la situation — au 3018 (jeunes et parents, 7j/7, 9h-23h) ou sur PHAROS. Et si tu es toi-même mineur·e et pris·e dans un engrenage d'images, le 3018 est exactement fait pour t'aider, sans jugement.

Ce qu'il faut retenir

Le consentement numérique se résume à trois phrases. Un : consentir à une image n'est jamais consentir à sa diffusion — la diffuser sans accord est un délit (2 ans, 60 000 €), et la plainte est possible même si tu avais envoyé l'image toi-même. Deux : les réflexes qui protègent tiennent en trente secondes — pas de visage ni de signes distinctifs, géolocalisation coupée, messagerie chiffrée, et jamais, jamais transférer l'image d'autrui. Trois : si ça arrive, l'ordre compte — preuves, signalement (plateforme + PHAROS), StopNCII pour bloquer la rediffusion, accompagnement (3018 pour les jeunes, Stop Fisha pour tous), plainte, déréférencement. Tu n'as rien fait de mal ; la loi est de ton côté.

Pour le reste du sujet : les bases sont dans notre guide du consentement sexuel, le versant relationnel dans consentement dans le couple, et savoir s'arrêter quand quelque chose ne va pas — en ligne comme ailleurs — dans malaise pendant un rapport.